Le Blog d'Elsa de Romeu : Information alternative, pertinente et impertinente
Being Zen

A la manière Zen, paradoxale & sans certitude, sur le Mental & sa disparition ~

” Nous sommes si souvent les passants pressés par notre mental, si conditionnés par nos réflexes de pensées, par nos préjugés & nos jugements perpétuels lancés à la face du monde & à la gueule de l’autre.
Notre mental, souvent + préoccupé de ses ruminations, ses remémorations, ses anticipations & ses rêveries, passe souvent à côté d’incroyables beautés.
Nous allons, vite, le + vite possible, sans sentir nos pas, nos pieds, notre corps tout entier se mouvoir & être caressé par le vent qui nous enveloppe.
Et pourtant, un regard bien veillant est là, celui d’une conscience aimante, attentive, bienveillante.
Notre cœur est un grand sage. Malgré les coups qu’on lui porte, peut-être même à cause des coups qu’on lui porte, il est là, à nous observer sans fin & sans impatience,
souffrant tout ce que nous souffrons, goûtant tout ce que nous goûtons, aimant + encore tout ce que nous aimons. ”

” Nous sommes si souvent les passants pressés par notre mental, si conditionnés par nos réflexes de pensées, par nos préjugés et nos jugements perpétuels lancés à la face du monde et à la gueule de l’autre.

L’essentiel de notre activité mentale est un jeu de coq à l’âne, un marabout de ficelle sans fin, une rumination qui fait les cent pas, un lion en cage triste et en colère.

Notre mental, souvent plus préoccupé à ses ruminations, à ses remémorations, à ses anticipations et à ses rêveries, passe souvent à côté d’incroyables beautés.

Nous allons, sans voir personne, ni sourire, ni saluer, ni s’arrêter pour contempler une fleur, le vol d’un papillon ou d’un oiseau, une ombre qui danse gaiement sur un mur.

Nous allons, vite, le plus vite possible, sans sentir nos pas, nos pieds, notre corps tout entier se mouvoir et être caressé par le vent qui nous enveloppe.

Le petit vélo que nous avons dans la tête, nous pédalons comme des forcenés dessus, comme si nous allions tomber si nous arrêtions.

Nous sommes sans confiance en nos pieds, mais seulement à notre vitesse, pour trouver l’équilibre. Et nous nous sentons si seul dans la foule des villes et des trottoirs.

Entourés sans doute, pensons-nous de gens hostiles dont il vaut mieux ne pas croiser le regard, pour ne pas déclencher leur réprobation, leur jugement ou leur colère.

Surtout, ne rencontrer personne, car on ne sait jamais ce que donne les rencontres…

Et pourtant, pourtant, un regard bien veillant est là, celui s’une conscience aimante, attentive, bienveillante.

Nous passons sans cesse devant lui, sans le remarquer, sans avoir vraiment conscience de sa présence, sans savoir qu’il ne nous quitte jamais, qu’il est là chaque jour, à chacun de nos passages, à chacun de nos pas.

Notre cœur est un grand sage. Malgré les coups qu’on lui porte, peut-être même à cause des coups qu’on lui porte, il est là, à nous observer sans fin et sans impatience, souffrant tout ce que nous souffrons, goûtant tout ce que nous goûtons, aimant plus encore tout ce que nous aimons.

Il est là, en éveil, plein de compassion, de douceur, de tendresse pour ce passant que nous passons notre temps à être. Il suffit de s’arrêter une fois, au moins une fois, rien qu’une fois devant lui et de se tourner vers lui, et nous saurons.

Notre cœur est en éveil, parce que nous avons besoin de toute son attention, nous qui sommes si souvent sans attention. Notre coeur est en éveil et veille sans cesse sur nous.

Et notre cœur est sans doute le seul à pouvoir nous aider à arrêter cette course folle, insensée, inconsciente où nous agissons comme des passants au lieu d’agir comme des êtres pléniers.

L’éveil n’est pas une grande expérience, c’est juste l’expérience de laisser passer les choses, de les laisser êtres les passants pour revenir au cœur et les voir aller chacune à son rythme, passant devant nous.

Si un disciple rencontrait un maître pour l’interrogeait sur la méditation et la sérénité, cela ressemblerait peut-être à cela, en tout cas, si on traduisait leur dialogue silencieux en mots entendables depuis le mental, ce qui en soi est déjà un paradoxe.

– Maître, je veux apprendre l’impassibilité. Je veux apprendre à être, devant les émotions, aussi imperturbable que le roc. Je veux pouvoir les chasser comme le vent chasse les nuages du ciel et ainsi devenir une montagne de sagesse.

– As-tu déjà observé, cher novice la queue de la vache ? Vois ce qu’elle fait des mouches. Elles les chassent, certes, le temps d’un battement de queue, mais au final, elles sont toujours aussi nombreuses posées sur son cul. Ton esprit est bien plus proche de la queue d’une vache que du vent qui chasse les nuages.

– Mais enfin, maître, n’y a-t-il pas un moyen de ne pas souffrir de ses émotions et d’atteindre ce détachement dont nous parle le Grand Éveillé ? Ne faut-il pas tuer en soi la colère, l’envie, la peur pour atteindre le bonheur ?

-Est-il possible de vivre sans vivre, te semble-t-il ? Est-il possible de n’avoir ni ressenti, ni pensée, ni espoir, ni douleur, suspendu en dehors du temps ? Nombreux sont ceux qui appellent ça la mort.

Veux-tu être un caillou, sans cœur et sans conscience ? Veux-tu être l’arbre mort qui semble encore tenir debout, mais que n’attend que la pourriture ?

-Bien sûr que non. Mais c’est le tourment incessant de ce tourbillon d’affects qui me cognent la tête et le cœur que je veux arrêter pour ne sentir juste que l’eau pure de la vie couler tranquillement dans mes veines. Ce sont toutes leurs contradictions, tous les déchirements qu’ils provoquent que je veux faire cesser.

– Je vais te confier un secret. La vie est faite d’émotions. Ne me demande donc pas comment devenir insensible.

Demande-moi plutôt comment rester sensible, comment ne pas vivre une émotion à la place d’une autre. Quand tu es triste, ne sois pas en colère, apeuré ou honteux, mais simplement triste. Quand tu es gai, sois-le tant que tu es gai. Quand tu as peur, accepte d’avoir peur et vois avec elle ses raisons ou les déraisons de ta peur.

Les émotions, comme les mouches, reviennent toujours. Le mental, comme la queue de la vache, s’agite sans cesse pour tenter de les dompter. Mais il ne viendrait pas à l’idée de la vache de se couper la queue ou d’écraser les mouches.

Elle préfère ruminer l’herbe que ces mouches que chasse sa queue et vivre sa vie de vache, y compris les mouches. Sois attentif à tes émotions comme aux cadeaux précieux de l’instant, chacune à son heure, chacune à sa nature.

Ne les torture pas, ne les persécute pas, c’est toi que tu blesserais et pas elles. Reçois chacune d’elle pour ce qu’elle est, sans la mélanger de force à d’autres.

Ne sois pas que la queue de la vache … si tu es une vache, sois une vache, si tu es un homme, sois un homme.

En fait, si les pensées n’étaient que des pensées, elles ne seraient aussi fugaces que les nuages chassés par le vent (c’est du moins l’image que l’on propose traditionnellement pour expliquer qu’elles ne font que passer dans le ciel de la conscience et qu’un esprit serein les laissent le traverser sans s’y accrocher).

Le méditant, assis sur son zafu, découvre ainsi qu’il n’est aucune de ses pensées, mais juste cette présence attentive et aimante qui les voit défiler, cette conscience de la conscience psychologique, pleine d’émotions et d’interprétations que d’autres appellent illusions.

Mais cette capacité à se situer en dehors du mental paraît bien surnaturelle au plus grand nombre, et ceux qui en sont capables n’essaient ni d’être négatifs, ni même d’être positifs, ils se contentent de ne s’identifier à rien d’autre qu’à la conscience de la vie, dans sa beauté, sa souffrance et son impermanence.

Mais, dès que le mental reste notre fonctionnement habituel et prédominant, les pensées ne sont pas des nuages, ce sont des graines qui viennent souvent prendre racine dans nos esprits.

Sitôt semées, ces pensées deviennent de jeunes pousses. Les pensées positives sont plutôt comme des fleurs, les pensées négatives plutôt comme des arbres, parfois même des baobabs.

C’est là alors qu’il faut entretenir son jardin mental. Avec un peu d’habitude, on reconnaît vite fleurs et arbustes fleuris des arbrisseaux capables de s’enraciner si profondément que, très vite, rien ou presque ne pourra les arracher. Ils pourraient tout envahir si on n’y prend garde.

Le problème de la raison raisonnante, du mental qui mentalise tout, de l’ego qui ramène tout à soi, ce n’est pas qu’ils ignorent, c’est qu’ils ne comprennent pas que le cœur est d’abords émotion, communion, communication, partage et identification du et au ressenti.

La raison a besoin de froideur, le cœur a besoin de chaleur. La raison a besoin de logique, le cœur a besoin de sens (sensorialité et signification confondues).

Les gens qui font avec le cœur n’ont pourtant pas perdu la raison. Ils ne sont ni idiots, ni fous. Ils ont juste accepté de demeurer dans la poésie plutôt que de s’installer dans le prosaïque. Ils préfèrent les contes aux comptes.

Ils choisissent plutôt d’avoir mal que de faire du mal. Ils renoncent aux certitudes, aux préjugés, à l’intolérance, laissant l’incertitude, le doute et la tolérance les guider à tâtons dans les recoins obscurs de leurs pensées …

L’un des secrets des pensées négatives, c’est alors de comprendre qu’elles ne sont pas nous.

Elles sont tous les jugements mal-aimants qu’on a fait à notre encontre ; elles sont toutes les interdictions qu’on se répète, à force de les avoir entendues, à notre spontanéité, à notre créativité, à notre expression libre ; elles sont tous les rejets, toutes les violences, toutes les insultes, qu’on a incorporés malgré nous ;

ce sont, au final, des pensées qui nous méprisent, qui nous insultent et qui nous brisent.

La puissance des pensées positives, c’est qu’elles ne nous empêchent pas d’être, bien au contraire, elles permettent l’épanouissement, la résolution des problèmes, la préservation de la vie et la communauté des hommes et des femmes du monde.

Une pensée positive nous dit “oui”, elle nous autorise et elle nous responsabilise. Elle fait alors de nous l’auteur de notre vie, en réponse aux interpellations et aux défis qu’elle nous lance, en réponse aux questions que l’autre nous pose, parfois derrière des apparences différentes.

Cela ne rend pas forcément la vie plus facile, mais plus “simple”, moins envahie par mille condamnations a priori, mille interdits par principe, ne nous cherchant pas querelle perpétuellement.

À défaut d’être sage, qui n’est être ni positif, ni négatif, mais en accord avec la vie, même dans ses contradictions, soyons au moins positifs, au moins nous n’étoufferons pas.

Ainsi en est-il dans ce petit apologue : “la petite voix qui lui disait ce qu’il fallait vivre lui répétait sans cesse : “Il faut vivre l’instant présent, tout de suite, tout le temps, sinon tu ne seras jamais heureuse !”.

Elle, elle le voulait aussi, tout de suite, tout le temps, sans peine, comme un ciel bleu, comme un avant-goût de paradis, comme la paix enfin dans sa tête et son cœur.

Et elle s’est mise à penser à tout ce qu’il fallait faire, bien comme on lui avait dit de faire. Mais on lui avait dit tant de choses, et tant de choses contraires.

Et il fallait penser à ne plus penser, et il fallait faire le vide. Mais comment faire le vide d’une coupe qui déborde sans arrêt …

Un oiseau sur une branche chantait. Il ne pensait pas le rayon de soleil ou la goutte de pluie qui tombait sur lui. Il les ressentait, sans savoir ce qui viendrait après, sans savoir ce qui venait avant.

Les oiseaux sont ainsi, sans rêves, ni préjugés. Ils ne savent pas ce qu’il “faut” faire, mais ils vivent. Ils n’ont qu’une certitude : s’il fallait qu’il pense qu’il “faut” voler, ils tomberaient tous.”

L’instant présent est d’abord, peut-même uniquement, l’instant de la sensorialité, de cette relation sensuelle, tendre et immédiate qui nous relie à notre corps, à notre souffle, au spectacle de nos yeux, au concert de nos oreilles, à la caresse sur nos peaux.

On peut même parler d’une forme d’érotisme, de cette charnalité de l’amour qui n’a pas besoin de notre mental, de nos fantasmes ou de nos représentations pour nous relier à ce qui est, dans l’instant, présent à nos sens.

La pleine conscience est-elle autre chose que cette conscience pleine des sensations et des émotions qu’offre le moment ?

La pleine conscience n’est-elle pas tout ce qui vient avant le jugement (qui vient dans la seconde d’après), mais immédiatement, dans la découverte des sens, juste avant l’attribution d’un sens ?

L’écoulement du souffle en nous, dans le corps ; les saveurs qui éclatent dans la bouche et jouent les unes avec les autres ; toute la symphonie des sons autour de nous, qui virevoltent dans les airs ; les textures, les matières que nos peaux viennent rencontrer ; tout est là, offert, abandonné à l’exploration de nos sens. C’est l’oublier qui devient notre inconscience.

Entrons dans l’instant comme on entre dans un temple. Entrons dans l’instant comme on s’approche d’un corps aimé, d’un corps aimant. Laissons-nous pénétrer par lui, envahi et enivré, complètement perdu et complètement retrouvé en lui.

Ce n’est pas l’ascèse, c’est l’éveil des sens, un second souffle, l’ouverture à la zensualité. “

Source : http://tycaillouxblancs.canalblog.com/archives/2020/04/16/38205940.html

 
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