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Birdy

A World Apart – Chapitre I : Firmament

Elle était assise dans la Maloca – la grande hutte ronde de cérémonie – dans l’obscurité tropicale.
Autant on ne voyait goutte, les cérémonies sous Ayahuasca requérant le noir total, pour faciliter la concentration et l’introspection, autant le vacarme de la jungle s’étendait à 360° autour d’elle, traversant son corps attentif des hurlements de singe Douroucouli, des cris de chauve-souris Roussette, des coassements de grenouille Dragon, des caquètements de perroquet Papegeai maillé, des hululements de chouette Chevêchette, des chants de Hocco, des sifflements de Kinkajou, du crissement de milliards d’insectes et du bourdonnement entêtant des moustiques.
Le chamane venait d’achever une sarabande d’Icaros, ces chants sacrés permettant d’activer et de communiquer avec les esprits des plantes de la Canopée.

Elle était assise dans la Maloca – la grande hutte ronde de cérémonie – dans l’obscurité tropicale.

Autant on ne voyait goutte, les cérémonies sous Ayahuasca requérant le noir total, pour faciliter la concentration et l’introspection, autant le vacarme de la jungle s’étendait à 360° autour d’elle, traversant son corps attentif des hurlements de singe Douroucouli, des cris de chauve-souris Roussette, des coassements de grenouille Dragon, des caquètements de perroquet Papegeai maillé, des hululements de chouette Chevêchette, des chants de Hocco, des sifflements de Kinkajou, du crissement de milliards d’insectes et du bourdonnement entêtant des moustiques.

Le chamane venait d’achever une sarabande d’Icaros, ces chants sacrés permettant d’activer et de communiquer avec les esprits des plantes de la Canopée.

Quelques personnes installées en cercle autour d’elle avaient vomi, cette “Purga” étant un des bénéfices attendus, si ce n’est espérés, de la Grande Mère Ayahuasca, chassant par ce biais lapidaire les toxines physiques et psychiques accumulées dans le corps et l’esprit …

Généralement, Oriane vomissait peu, voire pas du tout, inconvénient du contrôle quasi parfait qu’elle exerçait sur son corps ; ou alors, il lui fallait la pression d’une dose élevée d’Ayahuasca ou de visions particulièrement traumatiques pour sentir venir cette pulsion viscérale d’expulsion.

Mais elle avait aussi découvert que se mouvoir, se déplacer à l’extérieur facilitait ce processus de drainage ; des flots noirs la quittaient alors massivement.

C’est alors qu’elle sentit un frémissement léger parcourir ses avant-bras, qui se transformait peu à peu en bruissement. Des picotements parcoururent ses os cubitus, et des rémiges commencèrent à y prendre racine et à se développer, se déployant jusqu’à constituer une envergure complète et dédoublée de pennes, grâce à laquelle elle pouvait prendre appui sur l’air.

Ses ongles se dilatèrent puis se durcirent en griffes, ses phalanges se distendirent et se contorsionnèrent, muèrent en serres puissantes, avides d’agripper et pressées de percer.

Son thorax semblait peu à peu se vider, devenir une carcasse bombée et légère.

Son crâne se déformait et se fuselait, son nez se contractait, se faisait crochu, acéré, ses jambes devenaient des culottes trapues et charnues.

Elle redressa son poitrail et étendit ses ailes, ivre de revanche à l’idée de se détacher de la gravité terrestre, et elle commença à ascensionner.

L’air se faisait liquide autour d’elle ; elle dérivait telle une flèche blanche dans la nuit tropicale, propulsée par sa nature de Faucon Gerfaut.

Elle avait faim, volait au ras des cimes et son regard pénétrant scrutait chaque mouvement fugace, fouillant sans relâche la couverture végétale en contrebas.

Elle se mit à huir en fondant sur un mulot, son cri effrayant déchirant la nuit et la chair tendre de l’animal.

Satisfaite et repue, Oriane se tourna machinalement vers le ciel, les entrailles de la Terre n’ayant plus de sens pour elle ; sa pourpre rétinienne fut charmée par le halo piqueté des étoiles, dessinant un treillis lumineux par dessus les ténèbres incommensurables, et une profonde nostalgie l’empoigna.

Le Soleil commençait à poindre et à faire émerger la forêt de son rêve enchanté ; Oriane décida tout d’abord de le rejoindre dans sa course millénaire.

Elle se hissa avec peu d’efforts, en bénéficiant des colonnes et des vestibules aériens ; elle quitta l’atmosphère pour la stratosphère en traversant habilement plusieurs strates éthériques bleutées et irisées, ondulant comme des voiles de conversion de + en + résistants à la pesanteur terrestre.

Elle baignait maintenant parmi les vents solaires, et ses rémiges absorbaient frénétiquement l’énergie des ions et électrons contenue dans cette orgie de plasma.

Elle décida soudain de sortir de l’orbite solaire et de dévier sa trajectoire vers des étoiles reculées, au large d’Orion.

Une étoile qui s’y trouvait lui était étrangement familière et elle voulut ardemment s’unir à elle ; sous la poussée et l’attraction atomique, tout son corps de faucon était à présent tissé de lumière, prêt à se volatiliser.

Oriane étendit ses ailes comme de somptueuses voilures et fondit vers l’étoile ; elle s’embrasa telle une croix bénissant l’astre, dans la volonté totale de perdre toute scorie cellulaire d’origine terrestre et, surtout, humaine.

L’étoile comprenait sa solitude orpheline et en prit pitié ; elle l’enlaça dans une gerbe vrombissante d’hélium.

C’est ainsi qu’Oriane se remémora qu’elle pouvait se régénérer en se connectant à ce vaste coeur nucléaire, pulsant l’Infini dans son sang, à n’importe quel moment.

BURN, BABY, BURN.

 
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