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diamant de sang

A World Apart – Chapitre II : Holocauste

Djibril Kamara vivait en Sierra Leone, au sein d’un village niché dans la forêt humide dévalant les pentes du Loma Mansa, la plus haute montagne de son céleste pays.
Depuis le + jeune âge, il avait arpenté les sentiers cachés et les pistes tortueuses de cette forêt à la réputation impénétrable. Il était particulièrement extatique quand il la parcourait au son d'”Inner City Blues”, de Marvin Gay, qui était son dieu retiré dans le royaume de l’au-delà. Il était très fier de son vieux walkman, transmis tel une relique par son grand-père qui n’en avait plus l’usage.
Son second Dieu était un dieu vivant, son père, un fervent Chrétien entré en résistance contre les bandes armées qui terrorisaient et ensanglantaient sa terre natale, luttant pour permettre au conglomérat sud-africain De Beers de continuer à exploiter les mines de diamant. Le plaisir rutilant d’une belle femme New yorkaise n’a pas de prix.

Djibril Kamara vivait en Sierra Leone, au sein d’un village niché dans la forêt humide dévalant les pentes du Loma Mansa, la plus haute montagne de son céleste pays.

Depuis le + jeune âge, il avait arpenté les sentiers cachés et les pistes tortueuses de cette forêt à la réputation impénétrable. Il était particulièrement extatique quand il la parcourait au son d'”Inner City Blues”, de Marvin Gay, qui était son dieu retiré dans le royaume de l’au-delà. Il était très fier de son vieux walkman, transmis tel une relique par son grand-père qui n’en avait plus l’usage.

Son second Dieu était un dieu vivant, son père, un fervent Chrétien entré en résistance contre les bandes armées qui terrorisaient et ensanglantaient sa terre natale, luttant pour permettre au conglomérat sud-africain De Beers de continuer à exploiter les mines de diamant. Le plaisir rutilant d’une belle femme New yorkaise n’a pas de prix.

Djibril adorait les hippopotames et les crocodiles nains émaillant la forêt profonde et faisant claquer leurs colossales mâchoires, peut-être parce qu’ils étaient si dangereux pour l’Homme et que leur violence ultime se déployait sans crier gare. Peut-être honorés par le culte sans nuage qu’il leur vouait, ils semblaient le tolérer comme un de leurs congénères.

En revenant un beau jour d’une de ses expéditions sylvestres sur la terre de ses ancêtres, alors qu’il faisait voler la poussière ocre du chemin le ramenant au village, il observa de funestes fumées se propageant sur les toits de chaume des cases blotties à la lisière de la jungle.

Puis des coups de feu et des hurlements jaillirent. Il prit ses sandales à la main et se mit à courir vers ce qui s’apparentait désormais à des rafales de mitraillette, nageant de sueur sous le soleil de plomb tropical, le coeur serré et lourd devant cette annonce funeste.

Au milieu de la folle tourmente qu’était devenu son village, de la cohue des mercenaires, des autochtones courant comme des détraqués, des animaux affolés s’éparpillant et sous les bourrasques étouffantes des fumées, il rechercha sa mère.

Elle était agenouillée sur la place centrale avec d’autres femmes. Un immense pneu encerclait son corps frêle et sa haute stature vêtue d’un boubou bleu ciel, patiemment orné de motifs tissés de fil doré. Ce qui semblait être le chef des pillards tueurs l’apostrophait, voulant savoir où son époux se cachait. Elle le toisait calmement de son regard enveloppé du sang de ses multiples blessures, imprégnée d’un silence imprenable.

Djibril allait courir vers elle quand un de ses oncles le happa au passage, en obstruant sa bouche qui allait laisser s’échapper un cri monstrueux dans l’air lourd. Djibril voulait mourir avec sa mère, parce qu’il savait que ces hommes en uniforme noir étaient sans pardon. Il se débattit de toute la force de ses 8 ans, mais son oncle l’enserrait fermement.

Alors, le monstre saisit un jerrican d’essence amené par un de ses sbires et ricana en apostrophant sa mère : ” Où est ton Dieu, à présent ? Je vais te baptiser à ma manière, au nom de mon propre dieu ! “

Il l’aspergea alors d’essence, alluma une allumette et la jeta sur sa mère qui se replia sur elle-même, cherchant vainement à échapper à ce collier de feu. Elle s’embrasa dans le crépuscule qui se répandait en langues de sang sur la canopée, et Djibril sombra dans l’obscurité de la nuit qui balaye toute mémoire.

BURN, MOTHER, BURN.

 
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